Campus connectés par ministère déconnecté

Avec ses campus connectés, le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation nous vend ce qui semble être a priori une chance pour les étudiant-e-s de villes moyennes, précaires, d’Outre-Mer : la possibilité d’accéder à l’Enseignement Supérieur sans se rendre dans des universités de grandes villes. Derrière cette façade se cache en fait la réalité de la libéralisation de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche : loin de réellement pouvoir suivre des études, les étudiant-e-s de ces campus connectés se retrouvent sans réel accompagnement : il n’y a pas d’enseignant-e, tout au plus « un coach […] qui veille à ce que le jeune n’abandonne pas ». Le fait que ces campus côtoient des « fab-lab » montrent la privilégisation d’une vision où l’étudiant-e est l’entrepreneur-se de ses études, suivant le projet individualisant et libéral de la « start-up nation ».

Cette solution n’en est pas une : si un-e étudiant-e suit une formation d’une université parisienne depuis chez lui, car précaire, car complexe de se déplacer, de se loger dans une grande métropole, il y aura une volonté de la dévaloriser sous le prétexte qu’elle ai été suivie en ligne. Il s’agit également là d’une reconnaissance par le MESRI d’universités à deux vitesses, comme le montre le fait que « des jeunes [pourront] être diplômés d’universités parisiennes en continuant d’habiter en Guyane ou en Polynésie française » – sous-entendant que les universités d’Outre-Mer sont mois bien que les universités parisiennes, et montrant une absence de volonté de régler ce problème.

Cette dématérialisation s’inscrit pleinement dans la libéralisation de l’Enseignement Supérieur. Nous pouvons en effet faire remonter cette volonté jusqu’au Processus de Bologne, qui prône « l’éducation hors école » et prévoyait dès 1999 un désengorgement des sites de l’Enseignement Supérieur ainsi que la soumission de ce dernier aux règles du marché. Ainsi, la mise en place de ces campus connectés va dans ce sens, en continuant le projet de dématérialisation de la bourgeoisie, réduisant la présence des étudiant-e-s sur site ainsi que les coûts de l’enseignement. En effet, le nombre d’enseignant-e-s nécessaire est drastiquement réduit par la dématérialisation, participant à la mise en concurrence du milieu et la difficulté d’y trouver des postes. De plus, les tuteur-rice-s et coach présent-e-s sur les campus connecté-e-s pour encadrer les étudiant-e-s renvoient également aux « prestataires de services éducatifs », évoqués en 1998 dans un rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques menant au Processus de Bologne dans le but de remplacer les enseignant-e-s et de réduire les coûts de l’enseignement.

Nous réaffirmons donc les dangers de la dématérialisation qui ne fait que participer à une politique libérale et déstructuratrice de l’Enseignement Supérieur, réduisant le nombre de postes d’enseignant-e-s, la qualité des enseignements et des encadrements dispensés aux étudiant-e-s et visant à proposer une fausse solution aux étudiant-e-s précaires et éloigné-e-s des campus.

En effet, ce projet de dématérialisation coûte très cher : 25 millions d’euros de subventions fournies par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et les collectivités territoriales. Ceci représente une somme considérable, qui pourrait être allouée à rendre plus accessibles de réelles formations de l’Enseignement Supérieur aux étudiant-e-s précaires, isolé-e-s et handicapé-e-s, par exemple via l’augmentation des bourses en nombres et en montant, et la mise en place d’un plan de construction de logements CROUS. La priorité du ministère devrait être la précarité de nombreu-x-ses étudiant-e-s et personnel-le-s contractuel-le-s et non un projet idéologique de libéralisation des services publics de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

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